Les salaries d’ArjoWiggins Security brûlent des cartes grises pour faire pression sur l’Etat

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Mis à jour le Friday 1 February 2019

Placée en liquidation judiciaire le 16 janvier dernier par le Tribunal de Commerce de Nanterre, l’usine d’ArjoWiggins Security de Crèvecœur, à Jouy-sur-Morin (Seine-et-Marne) doit fermer ses portes ce mercredi, 31 janvier. Ce fabricant de papier sécurisé, vieux de 400 ans, est spécialisé dans la production de papier destiné à la fabrication des cartes grises et billets de banque. C’est ce papier pour cartes grises que les salariés ont décidé de brûler pour alerter l’Etat sur leur sort.

Les cartes grises comme « monnaie d’échange »

Les salariés de l’usine avertissent que « la carte grise de votre voiture sort de l’usine ArjoWiggins de Crèvecœur ». En effet, comme l’indique Patrice Schaafs, délégué syndical CGT, ArjoWiggins Security, l’usine est la seule « en France à fabriquer ce papier pour les cartes grises ».

Ayant déjà averti l’Etat de leurs conditions de licenciement, les salaries augmente la pression faute de réponse. Toutes les 12 heures, une bobine de 200 kg de papier sécurisé destiné à la fabrication des certificats d’immatriculation part en fumée une quantité qui pourrait fournir un département pendant un an selon Patrice Schaaf. Les salaries souhaitent par leur action interpeller l’Etat sur les conditions de licenciement qu’ils jugent indécentes. Une bonne partie du stock a déjà été brûlé et l’Etat pourrait être en pénurie d’ici deux mois selon les estimations du délégué syndical.

Liquidation après rachat par un fond d’investissement

En avril 2018, ArjoWiggins Security avait été vendu par le groupe papetier français Sequana à un fonds d’investissement suisse, Blue Motion Technologies Holding. Mais les salariés dénoncent un « scandale financier » comme l’évoque Didier Olanier, salarié de l’entreprise depuis 37 ans : « On a été rachetés par une société qui nous a dépouillés, alors même que l’État, via la banque publique d'investissement (BPI), leur avait donné de l'argent ».

Le syndicat CFDT (Conféderation Française Démocratique du Travail) du secteur papier et cartons a sollicité l’Etat pour trouver une solution de reprise pour les trois autres sites papetiers menacés de la filiale ArjoWiggins, placés en redressement judiciaire début janvier après l’échec de leur vente au groupe néerlandais Fineska fin décembre. Dans son communiqué, la CFDT demande que « L'Etat, actionnaire à hauteur de 15% du groupe Sequana, via la banque publique d'investissement Bpifrance, doit tout mettre en œuvre pour trouver une solution et engager sa responsabilité en mettant autour de la table les différents acteurs de la filière ».

Vers la création d’un établissement public pour sauver ArjoWiggins Security ?

Dans sa lettre écrite au président de la République, la sénatrice LR, Anne Chain-Larché, appelle à une intervention personnelle d’Emmanuel Macron pour sauver l'entreprise qui « était encore il y a deux ans leader mondial dans la fabrication des papiers fiduciaires et papiers sécurisés ». Elle l’incite à « examiner la piste de la création d'un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC)», justifié à ses yeux « par la mainmise totale de l'État sur la production de tous ses documents officiels ».

Au total, cette difficulté financière du groupe Sequana, principalement due à la forte augmentation du prix de la matière première, concerne 1230 emplois, sans compter les emplois induits et indirects, et le syndicat CFDT craint « un véritable tsunami industriel, économique et social pour les économies locales ». La date limite de dépôt des offres de reprise pour les trois sites placés en redressement judiciaire a été fixée au 4 février par le tribunal de commerce de Nanterre.

En attendant, les salariés d’ArjoWiggins Security comptent continuer à faire pression sur l’Etat pour obtenir un plan social digne et une indemnité de 50.000 € « ce qui est donné en moyenne lors des plans sociaux » selon Patrice Schaaf alors que l’Etat leur a proposé un « rattrapage de salaire de 300 € mensuels maximum pour ceux qui retrouveraient un travail moins bien payés ». En plus du papier pour les cartes grises, les salaries ont commencé à brûler leur stock de papier sécurisé pour passeports et chèques de banque hier, mercredi 30 janvier.

Catégories : Actualités

Rédigé par

Rédacteur Cartegrise.com

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